Nouvelle année : et si on arrêtait de se fixer des résolutions ?
- Surya
- 2 janv.
- 3 min de lecture
Chaque début d’année semble obéir au même rituel. Nouvelle année, nouvelles résolutions : mieux manger, faire plus de sport, méditer tous les jours, être plus calme, plus organisé, plus performant. Pendant quelques semaines, l’élan est là. Puis, souvent, l’essoufflement arrive, suivi d’une pointe de culpabilité.
Et si le problème ne venait pas de notre manque de volonté, mais du modèle même des résolutions ? Le yoga, et en particulier le Viniyoga, propose une lecture bien différente du changement. Une lecture plus réaliste, plus respectueuse… et paradoxalement plus efficace.

Pourquoi les résolutions échouent (presque) toujours
Les études en psychologie comportementale sont claires : la majorité des résolutions prises en janvier ne tiennent pas sur la durée. Pourquoi ? Parce qu’elles reposent sur trois illusions fréquentes :
L’illusion du contrôle : croire que la volonté suffit à transformer durablement nos habitudes.
L’illusion du moment parfait : penser qu’un changement profond peut naître d’une date symbolique.
L’illusion de la rupture : vouloir “faire table rase” sans tenir compte de l’état réel du corps et du mental.
Or, le corps n’obéit pas au calendrier. Il avance par rythmes, par cycles, par adaptations progressives.
Ce que le yoga dit du changement : ni forcer, ni renoncer
Dans le yoga, on ne parle pas de résolutions. On parle plutôt de Abhyāsa : une pratique régulière, ajustée, patiente. Pas héroïque. Pas spectaculaire. Mais constante.
Le changement durable ne vient pas d’un effort ponctuel, mais d’une relation répétée et intelligente à ce que l’on fait. C’est pourquoi le yoga ne cherche jamais à imposer une transformation rapide. Il cherche à créer les conditions du changement.
En yoga, on ne se demande pas “que devrais-je faire de plus ?” mais plutôt “que puis-je faire aujourd’hui, sans me nuire ?”
Nouvelle année, ancien corps : respecter l’état réel de janvier
Janvier est souvent présenté comme un mois de renouveau. Mais physiologiquement et émotionnellement, il correspond plutôt à une période de ralentissement. Après les fêtes, le corps est parfois :
fatigué,
surchargé digestivement,
perturbé dans son sommeil,
plus sensible au stress.
Dans une lecture ayurvédique, l’hiver est dominé par une énergie de lourdeur et d’inertie (Kapha). Vouloir “redémarrer à fond” à ce moment-là est souvent contre-productif. Le yoga propose autre chose :
stabiliser avant d’activer,
apaiser avant de stimuler,
écouter avant de décider.
Intention plutôt que résolution : une alternative plus juste
Plutôt que de se fixer des objectifs rigides, le yoga invite à poser une intention (bhāvanā). La différence est fondamentale.
Une résolution dit :
“Je dois faire ceci.”
Une intention dit :
“Je choisis une direction, et j’observe comment m’y engager.”
L’intention n’exige pas de résultat immédiat. Elle sert de fil conducteur, adaptable aux fluctuations de l’énergie, de l’humeur, de la vie.
Par exemple :
au lieu de “faire du yoga tous les jours”,→ “prendre soin de mon souffle plus régulièrement”.
au lieu d'“être moins stressé”,→ “remarquer plus tôt quand la tension s’installe”.
Le rôle central du souffle dans les changements durables
Dans l’approche du Viniyoga, le souffle est souvent le point d’entrée le plus fiable pour accompagner un changement. Pourquoi ? Parce qu’il agit directement sur le système nerveux.
Allonger légèrement l’expiration, respirer plus consciemment, ralentir le rythme : ces gestes simples modifient l’état intérieur avant même toute décision mentale.
Changer sans se violenter commence souvent par respirer autrement, pas par se fixer un objectif de plus.
Et si la nouvelle année était un temps d’ajustement, pas de performance ?
Le yoga nous rappelle que le vivant n’évolue jamais par ruptures brutales, mais par micro-ajustements successifs.C’est souvent moins impressionnant… mais infiniment plus durable.
Plutôt que de demander à la nouvelle année d’être une version améliorée de nous-mêmes, nous pourrions lui demander d’être une année plus consciente, plus ajustée, plus respirable.
Commencer l'année autrement
Arrêter de se fixer des résolutions n’est pas un renoncement. C’est un acte de lucidité. La nouvelle année n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être féconde. Elle a surtout besoin d’être habitable.
Peut-être que le véritable renouveau ne commence pas par un “je dois”, mais par un “j’écoute”.








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